Oui, je sais, elle a traîné, cette mizajoure, mais je sors à peine d'une longue agonie (ouais, ou presque...), et puis de toute façon, mon scaner était en grève. Bon, trève de blabla. La suite.
Je replante le décor :
Un des plus grands restaus de Pékin : 300 ans de tradition, ici les mecs viennent te découper ton canard laqué sous tes yeux, même s'ils sont tout de blanc vêtus et que ça tache. C'est grand, c'est chic. Une table, dans une des immenses salles dudit restau, donc. Loïc, moi, et 8 éminents professeurs que ça doit distraire de rencontrer de jeunes étudiants français qu'ils font jacasser en mandarin. (ceci dit, je ne les blâmerai pas, moi à leur place, ça me ferait bien marrer aussi.)
Je pensais avoir tout vécu en octobre dernier, en étant forcée d'avaler du mian pour faire bonne figure auprès de mes hôtes. Le mian, c'est une espèce de bouillie de riz sucrée/épicée dans laquelle flottent des oreilles de chat (hahaha, je vois déjà vôtre tête. Ce que l'on appelle "oreille de chat" en chine ce sont des tout petits bouts de farine de riz cuits à la vapeur qui n'ont d'une oreille de félidé que la forme), des petits pois et beaucoup beaucoup de choses non identifiées. C'est gluant, visqueux, écoeurant. Je doutais pouvoir trouver pire.
Si vous venez de manger, ne lisez pas ce qui suit. Si vous allez manger, ne lisez pas non plus ce qui suit. Si vous êtes une petite nature, vous avez compris.
Quelque part entre le quatrième et le cinquième jour, je prends la peine de consigner dans mon carnet de voyage :
J'ai osé porter des tongs. Alors que j'étais sensée en avoir pleine conscience. Ahhh......! Pour ceux qui ne sont pas encore au courrant, le crachat -bien que réprimé par la loi en vue de juillet 2008- est un sport national ici. En toutes circonstances, mais particulièrement à table et dans la RUE. C'est des bottes en caoutchouc qu'il faut porter, pas des tongs. Des tongs....pffff.....
Un malaise qui m'engloutit toute entière alors que je redécouvre la plus grande place du monde. Le vertige, alors que je réalise avec une vaine colère frustrement naïve que le couple Tao nous prend en photo comme de bons touristes, nous parlant cerf-volant, et que des centaines de personnes se baladent là, des centaines de jeunes à qui l'on a jamais enseigné l'histoire de leur pays et qui n'ont pas la moindre foutre idée de l'horreur des événements de mai 1919 ou de juin 1989 pour ne citer que ceux la. Ils préfèrent s'extasier devant le mémorial de Mao, leur "président pour toujours". L'effroyable taille des caractères qui s'étalent au dessus du portait me rappelle que je suis bien Place de "la Paix Céleste". Un nom qui implique tant. Je voulais pourtant éviter de sombrer dans le mélodrame dramatico-psycho-pathético-pitoyable. Tant pis.
La cité interdite. Elle aussi toujours aussi impressionnante. Encore une histoire qui fait froid dans le dos, et des centaines de chinois qui se permettent d'admirer béatement un lieu dont ils ne savent rien. De plus, temps de chiotte pire que pire pour une quelconque tentative d'approche photographique : brouillard humide, mélangé à la brume de chaleur combinée au nuage de pollution à hauteur humaine.
Mais mon appareil photo et moi on a peur de rien !
(oui, le pédalo ça existe en Chine, même devant la cité Interdite...)
Une averse. La plus violente jamais connue.
Une vraie pluie de mousson. 4cm d'eau dans la rue en 10min. 15 cm dans les trous dans lesquels je suis tombée. Et donc, Carole et moi sous ces trombes d'eau d'une violence inouïe, avec des parapluies qui ne nous ont servis a rien, mes converses que je ne distinguais plus sous l'eau, des vêtements trempés dans leur intégralité et des chinois qui se sont bien foutus de notre gueule (sans parler de ceux qui avaient sorti les appareils photo) en nous voyant galèrer dans la flotte, bien à l'abris sous leurs porches et dans leurs bouis-bouis. Tout ça pour un paquet de clopes.
Une rencontre incroyable. Avec des enfants. Une vingtaine de gamins et leur professeur, Loïc Carole et moi chacun à un bout de la table où était servi un repas sans scorpions ni limaces. Un contact qui a fini par s'établir et qui est rapidement devenu un échange très fort. Moi bafouillant de mon mieux en mandarin et eux en anglais, la situation était plutôt improbable. Mais c'est le coeur serré et les larmes aux yeux que je me séparais de mes bouts de choux quelques heures plus tard, au beau milieu d'une conversation où ma curiosité n'avait d'égal que la leur. Ca y est, je retombe dans le pathético-mélo-dramatico-sucré.
Il faut savoir que j'ai un petit côté surnaturel qui se déclenche parfois en cas de crise (voir l'épisode zéro deux notes au dessous), donc j'ai quand même réussi à partir. Même si certes, je vous avoue qu'à 45 secondes près c'était mort.
Un voyage, une aventure –comme décider de partir à Beijing avec deux potes pour trois semaines sept jours avant-, ça commence pareil pour tout le monde : LE VOYAGE en lui-même, le bonheur des transports, la galère des déplacements. Moi qui me plaisais à imaginer les 9 h d'avion avec Carole d'un côté à parler histoires de coeur et Loïc de l'autre à se plaindre, j'ai du me contenter d'un ado asocial à la nationalité indéterminée à ma gauche, et d'un chinois bedonnant la cinquantaine bien frappée, ronfleur, qui s'évertuait à me parler en allemand à ma droite. D'aucun n'étant, bien sûr, disposé à établir le contact durant ces 9h de calvaire. Première mission à l'aéroport de Beijing ? Se retrouver tous les trois, pas une mince affaire. S'y est succédée un délectable remplissage de paperasses, beaucoup beaucoup de paperasse. Seulement, les papiers délivrés à l'aéroport, vous n'en avez qu'UN SEUL exemplaire. C'est mieux de le lire avant de le remplir, donc.
S'en est suivit une visite non guidée dudit aéroport, qui est, il faut le préciser, tout bonnement gigantesque, à la recherche de LA FEUILLE JAUNE (on en plaisante pas avec les feuilles jaunes). Une fois les douze bureaux de douanes passés,
une fois les douze bureaux de douanes passés, donc, nous attendait une nouvelle surprise : nos bagages, prêts à être embarqués une poignée de minutes plus tard, à titre de colis abandonné potentiellement dangereux. Une fois nos possessions terrestres récupérées, nous retrouvons une Mme Tao bienheureuse de nous voir enfin débarquer une bonne heure après l'atterrissage.
Les premiers mots échangés ?
Je n'explose d'euphorie qu'après avoir enfin posé un pied sur le premier pavé chinois. Le nuage de pollution laisse voir un ciel trop bleu, il est 9h du mat' et il fait déjà 30 degrés.
Après m'être fait avalé le dixième de mon budget en frais bancaires, nous découvrons avec un sourire crispé l'auberge de jeunesse : la chambre fait 3m sur 3m, il n'y a que 3 douches pour l'ensemble des chambres, Carole est déjà malade, et à 15 h il fait 40 putains de degrés. Il s'avère également qu'il y a eu quiproquo : nous ne logeons pas dans le quartier des antiquaires mais bien des antiquités...(hahaha.) Nous sommes tellement cool (et tellement assommés par la vingtaine d'heures de voyages), que nous ne cillons même plus quand le professeur décide que nous allons reprendre les cours de chinois depuis le début. Je vous explique : nous avions convenus de suivre quelques heures de cours par jours (tant qu'à faire), puisque nous étions libres le reste du temps. Nous étions arrivés à 8h du matin, et à cette chère Mme Tao, il a bien fallut lui causer mandarin toute la journée. Mais pour voir deux trois trucs grammaticaux, elle nous soumet un test à la con par écrit. Je vous passe les détails, mais pour une histoire de caractères nous ne pouvons le remplir en entier, alors tant qu'à faire, reprenons les bases. Après deux ans de cours. (ça me fait limite rire, maintenant.) Le soir même, on va faire déco à un grand dîner dans un des restaus les plus réputés de la capitale. Sont réunis des mecs tellement internationalement connus (z'ont tous écrit au moins deux bouquins publiés je-ne-sais-où dans le monde...) qu'on les connaît pas. Loïc et moi, l'attraction de la soirée, entourés par 8 éminents professeurs, donc.
Quelles péripéties attendent nos deux héros ?! (la troisième est au lit, malade, souvenez-vous.)
Bon, je voulais faire une petite note sympa dessinée et tout mais...euh...pas le temps.
Parce qu'en fait, pour ceux qui seraient pas encore au courant (et...oui, vous êtes pas mal), je me casse demain matin. Enfin, ON (une certaine Carole et un mystérieux Loïc seraient de la partie...) se casse, pour trois semaines.
En Chine.
A Pékin.
Tous les trois.
Bon, comme on fera quelques expéditions cyber café durant l'aventure, il y a des probabilités pour que je mette en ligne mon carnet de voyage.
En attendant, il fait beau, il fait chaud, et même si c'est pas vrai, faîtes comme si.